économie Le travail

Le chômage

D’un point de vue économique, le marché du travail concerne le lieu de rencontre entre une demande (les entreprises) et une offre de travail (les salariés). Le chômage apparaît alors comme l’expression d’un fonctionnement de marché déficient, le chômage étant un excédent de l’offre de travail sur le marché. Le marché du travail reste réglementé et obéit à des logiques différentes que la plupart des marchés. En effet, l’accès à l’emploi est à la fois déterminant en termes de cohésion sociale mais aussi pour la dynamique de croissance du PIB, car le niveau d’emploi influence la solvabilité de la demande intérieure d’un pays. 

L’évaluation du chômage

Le chômage au sens du Bureau International du Travail

Selon la définition du Bureau International du Travail, définition retenue pour effectuer des comparaisons internationales, un chômeur est : 

  • est une personne âgée de 15 ans ou plus :
  • sans emploi durant une semaine donnée ;
  • disponible pour travailler dans les deux semaines ;
  • qui a effectué, au cours des quatre dernières semaines, une démarche active de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

Cette définition exclut donc les chômeurs partiels (travailleurs à temps partiel souhaitant travailler davantage), mais aussi les chercheurs d’emploi ne pouvant travailler dans les deux semaines.

Au troisième trimestre 2021, le nombre de chômeurs au sens du BIT atteint 2,4 millions de personnes en France (hors Mayotte), en hausse de 52 000 personnes par rapport au trimestre précédent. Il confirme sa décrue observée depuis 2017 et retrouve son niveau d’avant crise sanitaire.

La définition du chômeur en catégorie A selon Pôle Emploi est plus large en supprimant le critère de disponibilité, et en prenant en compte les travailleurs à temps partiel (catégorie B et C).

Les différents types de chômages

Mais cette situation de chômage est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle se décompose en trois éléments, le chômage frictionnel, qui est un volume incompressible lié à l’appariement (délai de rencontre entre l’offre et la demande de travail), le chômage structurel (qui varie peu en fonction de la conjoncture économique) et le chômage conjoncturel, lié au cycle économique. Identifier les différents types de chômage est donc indispensable pour déterminer les réponses économiques et politiques les plus adaptées pour lutter contre ces différents chômages. Pour simplifier, on peut considérer le chômage comme un oignon, dont le coeur est le plus rigide.

Le chômage frictionnel

Le chômage frictionnel, ou chômage naturel, ou chômage incompressible désigne la période de chômage provoquée par la transition et le délai nécessaire à une personne pour trouver un autre emploi, comme une recherche d’emploi, l’envoi de candidatures, le passage de la sélection, la réalisation d’entretiens etc. Son volume est estimé à 3,5%, ce qui implique qu’une économie atteint le plein emploi à ce niveau de chômage. 

Le chômage structurel

Le chômage structurel résulte des difficultés d’ajustement du marché du travail. Ces difficultés peuvent être dues soit à l’évolution des structures démographiques, sociales et économiques (coût du travail, qualification inadaptées à la demande de travail, ou une offre géographiquement éloignée de la demande de travail), soit à l’existence d’institutions inefficaces pour ajuster l’offre et la demande de travail (réglementation du marché du travail, fiscalité, etc.).

Ce chômage est lié à la structure du marché du travail, il n’est pas ou peu réceptif à la conjoncture. En 2020, il représente 2,9% de la population active, impactant davantage les jeunes  et les plus de 50 ans. Plus concrètement, le chômage de longue durée touche 36% des demandeurs d’emploi en France

source ocde

Ainsi au  3e trimestre 2021, la durée d’inscription à Pôle emploi, mesurée à partir de l’indicateur conjoncturel de durée au chômage (ICDC) s’établit à 325 jours en moyenne, soit presque un an. Cette moyenne cache par ailleurs de très fortes disparités : les plus de cinquante ans restant 577 jours inscrits à Pôle Emploi, et les individus licenciés plus de 470 jours contre 289 jours pour la fin d’un contrat d’intérim.

Le chômage conjoncturel

La demande de travail est en effet déterminée par la demande anticipée (de biens et de services), qui est la demande adressée aux entreprises et prévue par les entrepreneurs. Si les prévisions d’activités sont fortes, les entreprises vont anticiper la croissance de leur production et embaucher. A l’inverse, si les perspectives sont sombres, elles débauchent.

Ainsi, la baisse tendancielle du chômage s’est interrompue en 2020 avec le confinement, puis la reprise économique a de nouveau stimulé l’embauche et la demande de travail. A noter cependant que la baisse de 7,2% est en trompe-l’œil, de nombreux travailleurs ayant cessé de rechercher un emploi pendant les confinements (ce qui est une condition pour être comptabilisé comme chômeur).

LE SOUS EMPLOI

La définition du BIT exclut le chômage partiel, à savoir les personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler davantage. En 2020, 4,1 millions de salariés sont à temps partiel en France (hors Mayotte), soit 17,6 % des salariés hors apprentis. Il est inégalement réparti selon les secteurs d’activités : neuf salariés à temps partiel sur dix travaillent dans le tertiaire, où le temps partiel concerne 20,2 % des emplois salariés, contre 6,0 % dans l’industrie et 6,2 % dans la construction. Le temps partiel est très fortement féminin, 78,9% des postes à temps partiels sont occupés par des femmes, dont 51% pour des raisons personnelles ou familiales.

Cependant, en 2020, près de quatre salariés à temps partiel sur dix le sont parce qu’ils ne peuvent pas travailler davantage alors qu’ils le souhaitent. La durée moyenne du temps partiel est de 23,6 heures.

Le temps de travail effectif de l’ensemble des personnes en emploi est donc plus pertinent pour définir un état de “sous chômage”.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/5391992?sommaire=5392045

Le halo du chômage

Le halo du chômage regroupe l’ensemble des personnes sans travail, qui aimeraient travailler, mais qui ne sont pas en recherche active d’emploi (garde d’enfants, éloignement de l’emploi, personnes non indemnisées ou éloignées du marché du travail, conditions de travail insatisfaisantes…) mais qui seraient susceptibles de chercher un emploi en cas d’amélioration du marché du travail.

Les inégalités face au chômage

Une inégalité peut se définir comme une différence (favorable ou défavorable) d’accès à une ressource, soit ici  la question des différences d’accès à l’emploi, et à l’emploi stable.

Premier facteur d’inégalité, l’âge. En effet, les 15-24 ans peinent à entrer sur le marché du travail. Leur taux de chômage à la sortie de formation est ainsi deux fois supérieur à la moyenne, quel que soit leur niveau de qualification (47% pour les non diplômés contre 20% des non diplômés âgés de 25 à 49 ans, 10% pour les diplômés du supérieur contre 5% etc).

Par ailleurs, le niveau de formation est discriminant. Le taux de chômage en sortant de formation des non diplômés est presque cinq fois supérieur à celui des diplômés du supérieur. Dix ans après la sortie d’étude, les diplômés du supérieur sont en plein emploi  quand le taux de chômage des non diplômés est supérieur de trois points à la moyenne. Le diplôme n’est pas un rempart contre le chômage, mais il réduit son exposition.

Troisième élément, le type de travail occupé. Les ouvriers non qualifiés sont six fois plus exposés au chômage que les cadres, qui sont en quasi plein emploi.

Le lieu de résidence, et le bassin d’emploi correspondant est également déterminant. Ainsi les régions françaises sont différemment impactées par le chômage, les Hauts de France, l’Occitanie et la région PACA présentent des taux de chômage trois points plus élevés que l’Ile de France, l’Auvergne-Rhône Alpes. Les causes peuvent être le niveau de formation des habitants, les secteurs d’emplois (tourisme, industrie…).

Les caractéristiques de l’offre de travail

La population active  

La population active au sens du Bureau International du Travail (BIT) comprend les personnes en emploi au sens du BIT et les chômeurs au sens du BIT.

En moyenne en 2020, la population active au sens du Bureau international du travail (BIT) est de 28,9 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans en France (hors Mayotte), dont 14,1 millions de femmes et 14,8 millions d’hommes.

La population active peut varier pour des raisons démographiques (hausse de la population et/ou d’une classe d’âge), mais aussi en fonction du taux d’activité.

Le taux d’activité

Le taux d’activité de la population est le rapport entre le nombre d’actifs (actifs occupés et chômeurs) et l’ensemble de la population. L’indicateur du taux d’activité permet de déterminer la proportion de personnes en emploi ou à la recherche d’un emploi sur les personnes en âge de travailler.

Ainsi 71% de la population âgée de 15 à 64 ans (soit environ 40 millions de personnes) en France est soit en emploi, soit à la recherche active d’un emploi. A population équivalente, une hausse du taux d’activité entraîne une hausse de la population active. La démographie impacte également la population active. La France fait face au vieillissement de sa population :  les 50-64 ans représentent plus de 13 millions de personnes, qui quitteront le marché du travail dans les prochaines années quand les moins 15 ans, seulement 11 millions d’individus. La population active va donc diminuer.

Le taux d’activité varie en fonction de l’âge et du genre. L’activité des femmes reste influencée par la responsabilité ou non de leur famille : le fait d’avoir des enfants fait baisser le taux d’activité des femmes de 84 à 76%. A l’inverse, la responsabilité familiale stimule l’activité des hommes.

En termes d’âge, le taux d’activité des 15-24 ans n’est que de 35% pour une moyenne à 71%,  la plupart étant en formation (lycée/études supérieures). Concernant les seniors, les départs à la retraite ou en maladie longue durée, ou en situation de handicap, justifient un faible taux d’activité, accentué encore après 60 ans.

La population en emploi

Au sens de l’INSEE, l’emploi correspond à l’ensemble des personnes, salariés et travailleurs indépendants, exerçant une activité rentrant dans le domaine de la production de biens ou services

Le taux d’emploi est la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler. En 2020, la population en situation d’emploi au sens du BIT était de 26,995 millions.

Le taux d’emploi concernant uniquement les personnes en emploi, il est donc plus faible que le taux d’activité, qui intègre les personnes en emploi et les personnes en recherche d’emplois. La différence entre ces taux est donc constituée par les demandeurs d’emplois.

En ce qui concerne les formes d’emploi, le salariat est la norme

Un emploi dominé par le tertiaire

En 2020, le secteur d’activité tertiaire regroupe 76,6 % des personnes en emploi. Cette part est plus élevée pour les femmes (88,1 % contre 65,7 % pour les hommes), du fait de leur plus forte présence dans l’administration publique, l’enseignement, la santé, l’hébergement médico‐social et l’action sociale ou encore les services aux ménages (52,0 % des emplois occupés par les femmes, contre 22,9 % pour les hommes. En 2020, l’industrie représente 13,0 % des emplois (18,1 % pour les hommes), la construction, 6,7 % (11,5 % pour les hommes) et l’agriculture, 2,3 % (3,2 % pour les hommes). Les jeunes travaillent moins souvent dans l’administration publique, l’enseignement et la santé, mais plus souvent dans le commerce et l’hébergement‐restauration. Les seniors occupent quant à eux plus souvent des emplois dans l’enseignement, l’administration publique ainsi que dans l’hébergement médico‐social et l’action sociale.

Un emploi de plus en plus qualifié

En 2020, en France hors Mayotte, 46,4 % des personnes en emploi sont cadres ou professions intellectuelles supérieures (20,4 %) ou occupent une profession intermédiaire (26,0 %) ; 45,0 % sont employés (25,8 %) ou ouvriers (19,2 %), dont deux sur cinq non qualifiés; 6,8 % sont artisans, commerçants ou chefs d’entreprise et 1,4 % sont agriculteurs exploitants.

La répartition des emplois par catégorie socioprofessionnelle diffère selon le sexe, même si les différences se réduisent progressivement. Ainsi, les femmes occupent plus que les hommes des emplois moins qualifiés : en 2020, 23,5 % d’entre elles sont sur des postes d’employés ou d’ouvriers non qualifiés, contre 14,3 % des hommes. À l’inverse, les hommes sont plus souvent cadres (22,7 % contre 17,9 % pour les femmes), artisans, commerçants ou chefs d’entreprise (9,2 % contre 4,2 %) ou agriculteurs (2,0 % contre 0,7 %).

En près de quarante ans, la répartition des emplois par catégorie socioprofessionnelle s’est profondément modifiée. Entre 1982 et 2020, la part des ouvriers baisse de 11,1 points et celle des agriculteurs de 5,7 points. Sur l’ensemble de la période, la part des emplois les plus qualifiés a fortement augmenté : celle des cadres s’est accrue de 12,6 points et celle des professions intermédiaires de 6,5 points.

Les caractéristiques de la demande de travail

La demande de travail se répartit entre le secteur privé marchand, la fonction publique, et le secteur privé non marchand.

Les entreprises

En 2019, 4,1 millions d’entreprises composent les secteurs marchands non agricoles et non financiers (incluant toutefois les exploitations forestières ; les auxiliaires de services financiers et d’assurance et les holdings ). 96,1% des entreprises françaises sont des micro-entreprises, mais ce sont les petites et moyennes entreprises (PME), les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises (GE) qui emploient plus de huit salariés sur dix (en équivalent temps plein (EQTP)).

De manière très logique, les services marchands (dont services aux entreprises) sont les plus représentés, à la fois par les stratégies d’externalisation de l’industrie et la désindustrialisation, suivis de l’industrie, puis le commerce.

La demande de travail est déterminée à la fois par la demande anticipée (de biens et de services), qui est la demande adressée aux entreprises et prévue par les entrepreneurs, et par le coût et la flexibilité du travail. Concernant le coût, celui-ci doit être inférieur aux gains escomptés et le volume de travail doit pouvoir être ajusté aux besoins de l’entreprise.

La fonction publique

La fonction publique rassemblait 5,7 millions de personnes à la fin de 2020 (en hausse de 0,9 % par rapport à 2019), soit 21 % de l’emploi total en France (salariés et non-salariés)

La fonction publique comprend trois « versants » : la fonction publique d’Etat (2,52 millions d’agents en effectifs physiques) ; la fonction publique territoriale (1,93 millions) et la fonction publique hospitalière (1,21 million). La demande d’emplois publics est déterminée par la pression fiscale, l’endettement de l’Etat et les missions exercées dans le cadre des politiques publiques.

Les associations

En 2018, en France, 170 000 associations sont employeuses et 1,1 million sont non employeuses. Elles fonctionnent grâce à 2,2 millions de salariés et 21 millions de participations bénévoles, un même bénévole pouvant s’investir dans plusieurs associations. Sur l’année, cela représente 1,5 million d’emplois salariés en équivalent temps plein et 580 000 équivalents temps plein bénévoles. La demande de travail y est déterminée par la capacité des associations à récolter des ressources financières à leur fonctionnement (subvention, mécénat, autofinancement, activité lucrative…)