économie création et répartition de la richesse

La mesure de la production : valeur ajoutée et PIB

La combinaison des facteurs de production des entreprises aboutit à la production de biens et de services marchands, destinés à répondre aux besoins des agents économiques. Le but marchand impliquant la recherche d’un profit, l’activité de production est donc à l’origine d’une création de richesse économique : la valeur ajoutée. 

La valeur ajoutée

La valeur ajoutée correspond à l’accroissement de valeur apportée par l’entreprise aux biens et services achetés et consommés dans le cadre de son activité. 

Pour produire, l’entreprise mobilise d’une part des moyens de production durables et du travail, mais elle va aussi se procurer un ensemble de biens et de services auprès de fournisseurs qui seront consommés (donc détruits). L’ensemble de ces achats est appelé consommations intermédiaires.

Valeur ajoutée = production moins consommation intermédiaires 

Par exemple, pour la construction d’une maison, un promoteur va acheter du béton, des briques, du placo, des gaines électriques, des portes, des tuiles, de l’isolant, du carrelage etc, mais également de l’énergie, la location de matériel (grue…), des cotisations d’assurance du bien…. La valeur de ces achats correspond à 75,3% du prix final (source Insee), soit pour une maison hors taxe 150 600€. Les 49 400€ restants (soit les 24,7%) sont la richesse créée par cette entreprise lors de cette construction. Attention, cette somme est le premier solde de création de richesse, il ne correspond pas aux bénéfices de l’entreprise. La valeur ajoutée va ensuite servir à financer les salaires, l’autofinancement, les dividendes, les taxes…

La valeur ajoutée par secteur

En 2020, la valeur ajoutée (VA) de l’économie nationale s’élève à 2 054 milliards d’euros, en baisse de 5,3% suite à la crise sanitaire. Les sociétés non financières et les entrepreneurs individuels ont été ainsi les plus touchés.

52 % de la valeur ajoutée de l’économie est réalisée par les branches des services : 36 % de la VA est générée par les branches de l’information et communication, des activités immobilières, des services aux entreprises et des services aux particuliers et 16 % de la VA est produite par les branches du commerce, des transports, de l’hébergement et de la restauration.

Le cas des administrations publiques

Les administrations publiques (APU) contribuent à 19% de la valeur ajoutée. Particularité ici, la production de ces APU est non marchande. La catégorie des APU ne comprend pas donc les entreprises publiques. La VA dégagée par les APU, par leur contribution à l’économie est ici évaluée en coût de revient. La production publique directe recouvre la fourniture des services régaliens (défense, sécurité, justice, administration générale), celle d’enseignement dans les établissements publics et celle de soins dans les hôpitaux publics. (en savoir plus)

La création de richesses à l’échelle d’un territoire : le PIB

principe

Le produit intérieur brut correspond à la somme des valeurs ajoutées brutes nouvellement créées par les agents d’un territoire, sur une année donnée, évaluées au prix du marché.

La mesure du du PIB et de la croissance obéit à des règles internationales établies par l’Organisation des nations unies (ONU): elles sont les mêmes pour tous les pays. Au sein de l’Union européenne, la définition du PIB est également détaillée dans un règlement dont l’application est contrôlée par l’office statistique de l’Union européenne (Eurostat). Cette harmonisation des modes de calcul permet ainsi des comparaisons internationales fiables, car établies sur des bases similaires.

Le calcul du PIB

Le PIB correspond la somme des valeurs ajoutées au prix de marché plus les impôts moins les subventions sur les produits.

Ces retraitements s’expliquent aisément : le PIB est évalué comme la somme des valeurs ajoutées au prix de marché :  les valeurs ajoutées étant calculées hors taxes, il faut ajouter les impôts sur les produits pour obtenir le prix du marché, à savoir taxes incluses. On soustrait le montant des subventions car ces subventions permettent aux entreprises de diminuer artificiellement leurs prix.

Ainsi le PIB français en 2022 s’établit à 2302 milliards d’euros, alors que la somme des valeurs ajoutées brute est de 2 054 milliards. 

pib nominal/pib réel

On distingue classiquement le  PIB nominal du PIB réel.

Le PIB nominal correspond à l’ensemble des valeurs ajoutées au prix de marché d’un territoire sur une période donnée. Son montant intègre donc la hausse des prix sur la période.

Le PIB réel correspond au PIB nominal corrigé de l’inflation par l’indice des prix de la consommation (ICP). L’ICP correspond à la variation moyenne des prix des produits consommés par les ménages, basé sur l’observation d’un panier fixe de biens et services, actualisé chaque année. 

Quand on parle de PIB réel, on parle alors de PIB en volume, car non impacté par la hausse des prix. Par exemple, si l’on regarde l’évolution de la hausse des prix dans la zone euro (ci-dessous, source BCE), on constate une hausse des prix de 9,2% en décembre 2022. A production de valeur ajoutée identique, le PIB nominal est en croissance de 9,2% quand la croissance du PIB réel est de 0%. Pour analyser la croissance économique d’un territoire, on retiendra donc le PIB réel au PIB nominal.

Pour établir des comparaisons internationales, le PIB sera également exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA). La parité en pouvoir d’achat est basé sur des taux de conversion monétaire qui ont pour objet d’égaliser les pouvoirs d’achat des différentes monnaies en éliminant les différences de niveaux des prix entre pays.

PIB et économie souterraine

L’Insee évalue l’activité dissimulée des entreprises, appelée «production souterraine », et en tient compte dans le PIB. L’économie souterraine est une production légale et déclarée mais sous-estimée volontairement par les unités productives pour échapper à l’impôt,aux cotisations sociales ou aux procédures administratives.  Les contrôles fiscaux permettent de repérer des revenus non déclarés. Cette fraude observée peut ensuite être estimée pour l’ensemble de l’économie sur la base des comportements de fraude repérés. Pour l’année 2012, l’Insee estime ainsi à 3,6% du PIB, l’ensemble de l’activité dissimulée.

L’évaluation de l’économie informelle, illégale, souterraine est difficile et sujette à caution, mais elle existe. Vous pouvez en savoir plus ci-dessous avec ce document de l’OCDE.

Le rôle de l’Insee

Le PIB est déterminé en France par l’Institut National des Statistiques et des Études Économiques (INSEE). L’INSEE est une direction générale du ministère de l’Économie et des Finances qui a pour mission de collecter, analyser et diffuser des informations sur l’économie et la société française sur l’ensemble de son territoire en toute indépendance. 

Le calcul du PIB est un processus long, qui peut durer jusqu’à trois ans, le temps que l’ensemble des données nécessaires à son établissement soient disponibles. En effet, pour déterminer le PIB, l’Insee a recours aux déclarations des entreprises servant au calcul de l’impôt sur les sociétés, aux comptes des administrations publiques, aux données sur les ventes d’automobiles et les mises en chantier, etc., mais aussi des enquêtes conjoncturelles spécifiques sur la consommation, la production, les prix, etc.

PIB, croissance économique et développement

La croissance économique correspond à l’augmentation de la production de biens et de services d’un ensemble économique sur une période donnée.  Le PIB est l’indicateur de référence pour analyser la croissance de la production de ces biens, la valeur ajoutée étant directement liée à cette activité de production.

Les limites du PIB

Un indicateur quantitatif

Le PIB est un indicateur incontournable en matière économique.  L’endettement des Etats est ainsi apprécié en % du PIB par exemple, de même pour les prélèvements obligatoires. Les perspectives de croissance déterminent les politiques publiques etc. 

Cependant le PIB reste une boussole imparfaite. Tout d’abord il n’intègre pas dans son montant le travail gratuit. Ainsi, les associations fonctionnent grâce à l’implication de nombreux bénévoles. Avec 21 millions de « participations » bénévoles, l’engagement représente 580 000 emplois en équivalent temps plein qui ne sont pas comptabilisés dans le PIB. (source). De même pour le travail domestique. Si vous faîtes le ménage dans votre domicile, ce travail n’est pas comptabilisé dans le PIB. Si vous payez un individu pour faire le ménage à votre place, il sera comptabilisé dans le PIB. Ainsi le travail domestique (ménage, éducation, courses…) représente 60 milliards d’heures de travail en 2010 non comptabilisées. (source) Ce travail reste effectué aux deux tiers par les femmes, (en savoir plus) par conséquent le temps des hommes est davantage rémunéré que celui des femmes.

La non prise en compte de la qualité de la croissance

Le PIB étant un un indicateur purement quantitatif, il ne mesure que la création de richesse, sans intégrer différentes notions comme l’amélioration des conditions de vie de ses habitants, la répartition des richesses voire la richesse de ses habitants, l’espérance de vie ou l’accès à l’éducation.

Une hausse du PIB d’un territoire ne signifie donc pas mécaniquement une amélioration des conditions de vie de ses résidents. La richesse d’un territoire ne signifie pas que ses habitants sont eux mêmes riches.

Ici, nous pouvons observer que les Etats les plus riches du monde sont la Chine (données provisoires), les USA, le Japon. L’impact écologique des productions n’est pas pris en compte.

Si on divise le PIB par le nombre d’habitants pour obtenir le PIB par habitants, le classement de la richesse change radicalement.

Mais là encore, on considère encore que chaque individu a perçu la même part du PIB. Mais la répartition est inégalitaire. Ci-dessous, le classement des pays selon l’indice de Gini. L’indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique permettant de rendre compte du niveau d’inégalité pour une variable et sur une population donnée. Il varie entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité extrême). Entre 0 et 1, l’inégalité est d’autant plus forte que l’indice de Gini est élevé.

Il est égal à 0 dans une situation d’égalité parfaite où la variable prend une valeur identique sur l’ensemble de la population. À l’autre extrême, il est égal à 1 dans la situation la plus inégalitaire possible, où la variable vaut 0 sur toute la population à l’exception d’un seul individu.

Dernier point, la pauvreté, qui est ici déterminée à 50% du revenu médian (montant de revenu qui divise une population en deux groupes égaux, la moitié ayant un revenu supérieur à ce montant, et l’autre moitié ayant un revenu inférieur à ce montant.)

Source OCDE

LA DISTINCTION CROISSANCE ÉCONOMIQUE ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE 

La croissance économique n’est pas synonyme de développement économique. Le développement économique est l’ensemble des transformations structurelles (démographiques, économiques, sociales, politiques, etc.) qui rendent possibles et accompagnent la croissance économique et l’élévation du niveau de vie. La croissance économique est un indicateur quantitatif quand le développement économique est un indicateur qualitatif 

Concrètement, alors que la croissance économique correspond à une hausse de la richesse d’un pays, le développement s’apprécie par le niveau de vie par habitant, les taux de scolarisation, l’espérance de vie à la naissance, l’accès à l’eau, l’énergie, l’intensité des inégalités etc…  

Apprécier le développement économique : l’IDH  

L’indice de développement humain (IDH) correspond à un indice composé calculé chaque année par le PNUD afin d’évaluer le niveau de développement des pays en se fondant non pas sur des données strictement économiques, mais sur la qualité de vie de leurs ressortissants.

L’IDH intègre trois facteurs : 

  • L’espérance de vie à la naissance, car elle est significative des conditions de vie à venir des individus (alimentation, logement, eau potable…) et de leur accès à la médecine ; 
  • Le niveau d’éducation, qui détermine l’autonomie tant professionnelle que sociale de l’individu ; 
  • Le revenu national brut par habitant, révélateur du niveau de vie des individus et ainsi de leur accès à la culture, aux biens et services, aux transports… 

L’IDH se présente sous la forme d’un nombre situé entre zéro et un, ce dernier chiffre symbolisant le niveau le plus élevé.  Le classement des pays change alors profondément, les pays les plus riches en terme de PIB n’étant pas nécessairement les plus avancés en terme de niveau de vie, d’éducation… Les deux premières puissances économiques mondiales sont alors relativisées, les USA étant 21ième et la Chine 79ième.

Source Banque Mondiale

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