Sommaire
- Le marché du travail: un marché atypique
- L’évaluation du chômage
- Les différents types de chômages
- Le sous-emploi, ou le chômage partiel
- Le halo du chômage
- Les inégalités face au chômage
Le marché du travail a un double sens. Dans le langage courant, il désigne ainsi la situation de l’emploi dans une économie, à savoir le nombre d’emplois disponibles, mais aussi leur nature, les qualifications exigées, et la croissance de l’emploi.
D’un point de vue économique, le marché du travail concerne le lieu de rencontre entre une demande de travail (les entreprises) et une offre de travail (les salariés). L’offre de travail des salariés correspond donc à la demande d’emploi au sens courant. La demande de travail des entreprises correspond à l’offre d’emploi (sens courant). Le chômage apparaît alors comme l’expression d’un fonctionnement de marché déficient, le chômage étant un excédent de l’offre de travail sur le marché.
Concernant le prix, à savoir la rémunération de la prestation de travail, le marché du travail est un marché atypique, le prix n’est pas uniquement issu de la rencontre entre l’offre et la demande de travail, mais est influencé par différents paramètres légaux et conventionnels, et son montant diffère selon le salarié et l’employeur.
Le marché du travail: un marché atypique
La demande de travail
L’analyse quantitative de la demande globale de travail: entreprises, associations et secteur public
En 2021, la demande de travail équivaut à 29,7 millions d’emplois salariés et non salariés en 2021, à près de 80% concentré sur le secteur tertiaire marchand et non marchand. La demande de travail est de 26 millions d’emplois salariés et 3,2 millions d’emplois non salariés.
Au sens de l’INSEE, l’emploi correspond à l’ensemble des personnes, salariés et travailleurs indépendants, exerçant une activité rentrant dans le domaine de la production de biens ou services
Le secteur privé marchand est le principal moteur de la demande d’emplois.

Les entreprises du secteur marchand
En 2021, 4,5 millions d’entreprises composent les secteurs marchands non agricoles et non financiers.

294 grandes entreprises emploient 4,2 millions de salariés en équivalent temps plein (ETP), soit 28 % du total, quand 4,3 millions de micro entreprises emploient 2,6 millions de salariés. 6 600 entreprises de taille intermédiaire (ETI) et 159 000 petites et moyennes entreprises (PME) hors microentreprises emploient respectivement 25 % et 29 % des salariés. Par conséquent, la demande d’emploi est concentrée sur un nombre restreint d’entreprises, dont l’implantation influence la demande d’emplois.

Le tertiaire est là aussi dominant par rapport aux autres secteurs d’activités.

La fonction publique
La fonction publique rassemblait 5,7 millions de personnes à la fin de 2022, soit 19 % de l’emploi total en France (salariés et non-salariés), contre 21% en 2020.
La fonction publique comprend trois « versants » : la fonction publique d’Etat (2,5 millions d’agents en effectifs physiques) ; la fonction publique territoriale (1,9 millions) et la fonction publique hospitalière (1,2 million). La demande d’emplois publics est déterminée par la pression fiscale, l’endettement de l’Etat et les missions exercées dans le cadre des politiques publiques.

Les associations
En 2018, en France, 170 000 associations sont employeuses et 1,1 million sont non employeuses. Elles fonctionnent grâce à 2,2 millions de salariés et 21 millions de participations bénévoles, un même bénévole pouvant s’investir dans plusieurs associations. Sur l’année, cela représente 1,5 million d’emplois salariés en équivalent temps plein et 580 000 équivalents temps plein bénévoles. La demande de travail y est déterminée par la capacité des associations à récolter des ressources financières à leur fonctionnement (subvention, mécénat, autofinancement, activité lucrative…)

L’analyse qualitative de la demande de travail : vers un emploi toujours plus qualifié
En 2023, en France hors Mayotte, 47,5% des personnes en emploi sont cadres ou professions intellectuelles supérieures (22,4 %) ou occupent une profession intermédiaire (25,1 %) contre 46,4 % en 2020; 43,8% sont employés (25,2 %) ou ouvriers (18,6 %), contre 45,0 % en 2020; 6,7 % sont artisans, commerçants ou chefs d’entreprise et 1,5 % sont agriculteurs exploitants.

La répartition des emplois par catégorie socioprofessionnelle diffère selon le sexe, même si les différences se réduisent progressivement. Ainsi, les femmes occupent plus que les hommes des emplois moins qualifiés : en 2020, 23,5 % d’entre elles sont sur des postes d’employés ou d’ouvriers non qualifiés, contre 14,3 % des hommes. À l’inverse, les hommes sont plus souvent cadres (22,7 % contre 17,9 % pour les femmes), artisans, commerçants ou chefs d’entreprise (9,2 % contre 4,2 %) ou agriculteurs (2,0 % contre 0,7 %).
En près de quarante ans, la répartition des emplois par catégorie socioprofessionnelle s’est profondément modifiée. Entre 1982 et 2020, la part des ouvriers baisse de 11,1 points et celle des agriculteurs de 5,7 points. Sur l’ensemble de la période, la part des emplois les plus qualifiés a fortement augmenté : celle des cadres s’est accrue de 12,6 points et celle des professions intermédiaires de 6,5 points.
L’offre de travail
L’offre est déterminée par la population active
La population active au sens du Bureau International du Travail (BIT) comprend les personnes en emploi au sens du BIT et les chômeurs au sens du BIT.
En moyenne en 2023, la population active au sens du Bureau international du travail (BIT) est de 30,8 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans en France (hors Mayotte), dont 15,1 millions de femmes et 15,7 millions d’hommes.

La population active peut varier pour des raisons démographiques (hausse de la population et/ou d’une classe d’âge), mais aussi en fonction du taux d’activité.
Le taux d’activité
Le taux d’activité de la population est le rapport entre le nombre d’actifs (actifs occupés et chômeurs) et l’ensemble de la population.
L’indicateur du taux d’activité permet de déterminer la proportion de personnes en emploi ou à la recherche d’un emploi sur les personnes en âge de travailler.
Ainsi 71% de la population âgée de 15 à 64 ans (soit environ 40 millions de personnes) en France est soit en emploi, soit à la recherche active d’un emploi. A population équivalente, une hausse du taux d’activité entraîne une hausse de la population active. La démographie impacte également la population active. La France fait face au vieillissement de sa population : les 50-64 ans représentent plus de 13 millions de personnes, qui quitteront le marché du travail dans les prochaines années quand les moins 15 ans, seulement 11 millions d’individus. La population active va donc diminuer.

Le taux d’activité varie en fonction de l’âge et du genre. L’activité des femmes reste influencée par la responsabilité ou non de leur famille : le fait d’avoir des enfants fait baisser le taux d’activité des femmes de 84 à 76%. A l’inverse, la responsabilité familiale stimule l’activité des hommes.
En termes d’âge, le taux d’activité des 15-24 ans n’est que de 35% pour une moyenne à 71%, la plupart étant en formation (lycée/études supérieures). Concernant les seniors, les départs à la retraite ou en maladie longue durée, ou en situation de handicap, justifient un faible taux d’activité, accentué encore après 60 ans.
Le chômage : un excédent d’offre
D’un point de vue économique, le chômage se révèle un stock d’offres de travail. L’offre est supérieure à la demande d’emploi, donc ce surplus est disponible comme un stock de marchandises l’est pour un commerçant.

Le marché du travail : lieu de fixation des salaires?
Dans une analyse néoclassique du marché, à savoir une une concurrence pure et parfaite, lorsque l’offre est supérieure à la demande, les offreurs (les travailleurs) se font concurrence pour vendre leur force de travail en baissant le prix qu’ils proposent ce qui permet d’augmenter la demande de ces produits et de réduire l’offre. Le prix baisse jusqu’à ce que les quantités offertes et les quantités s’équilibrent : le marché fixe ainsi le prix d’équilibre qui établit les quantités échangées.

Toujours selon cette approche, il n’y a donc pas un marché du travail, mais plusieurs, car les compétences échangées diffèrent fortement, et obéissent à des logiques de prix et de concurrence différentes, qui se reflètent dans la répartition des salaires.

le cadre juridique de la fixation des salaires
Le salaire de base est fixé librement entre l’employeur et le salarié sous réserve du respect de certaines règles légales et conventionnelles.
- les règles relatives au SMIC, qui définit un plancher de rémunération. Le Smic est revalorisé chaque année au 1er janvier. Il est indexé sur l’inflation mesurée pour les 20 % des ménages ayant les revenus les plus faibles. La revalorisation du Smic est effectuée sur la base de la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés.
- les règles relatives à la mensualisation ;
- les salaires minimaux et les éléments de rémunération prévus par les conventions ou accords collectifs applicables, ou l’usage éventuellement en vigueur dans l’entreprise ;
- le principe d’égalité de rémunération entre femmes et hommes ;
- la non-discrimination
Salaire et coût du travail
La rémunération du travail constitue le prix du travail fourni. Cependant il diffère selon la demande et l’offre.
En effet, la rémunération du travail sous forme de salaire est distincte de la notion du coût du travail. Au salaire s’ajoutent les cotisations sociales. Ces dernières financent le système de protection sociale français. Les salariés et les employeurs cotisent à différentes caisses, qui assurent le salarié en cas de risque lié à la maladie, vieillesse, chômage…
L’appréhension du salaire diffère selon l’agent. Le salarié va se baser sur le salaire qu’il peut consommer, à savoir le salaire net, l’embauche est déterminée par un salaire brut, le coût du travail est déterminé par le salaire brut et les cotisations patronales.
On distingue donc le salaire du coût du travail, constitué de la rémunération brute et des cotisations patronales. Ces modalités de financement du système de protection sociale diffèrent selon les pays, bien que le coût du travail soit un élément de compétitivité des entreprises.
L’évaluation du chômage
Le chômage au sens du Bureau International du Travail
Selon la définition du Bureau International du Travail, définition retenue pour effectuer des comparaisons internationales, un chômeur est :
- est une personne âgée de 15 ans ou plus :
- sans emploi durant une semaine donnée ;
- disponible pour travailler dans les deux semaines ;
- qui a effectué, au cours des quatre dernières semaines, une démarche active de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.
Cette définition exclut donc les chômeurs partiels (travailleurs à temps partiel souhaitant travailler davantage), mais aussi les chercheurs d’emploi ne pouvant travailler dans les deux semaines.
La définition du chômeur en catégorie A selon Pôle Emploi est plus large en supprimant le critère de disponibilité, et en prenant en compte les travailleurs à temps partiel (catégorie B et C).

Les différents types de chômages
Au troisième trimestre 2023, le nombre de chômeurs au sens du BIT atteint 2,2 millions de personnes en France (hors Mayotte). Il confirme sa décrue observée depuis 2017 et retrouve son niveau d’avant la crise des subprimes (2008)

Mais cette situation de chômage est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle se décompose en trois éléments, le chômage frictionnel, qui est un volume incompressible lié à l’appariement (délai de rencontre entre l’offre et la demande de travail), le chômage structurel (qui varie peu en fonction de la conjoncture économique) et le chômage conjoncturel, lié au cycle économique. Identifier les différents types de chômage est donc indispensable pour déterminer les réponses économiques et politiques les plus adaptées pour lutter contre ces différents chômages. Pour simplifier, on peut considérer le chômage comme un oignon, dont le coeur est le plus rigide.
Le chômage frictionnel
Le chômage frictionnel, ou chômage naturel, ou chômage incompressible désigne la période de chômage provoquée par la transition et le délai nécessaire à une personne pour trouver un autre emploi, comme une recherche d’emploi, l’envoi de candidatures, le passage de la sélection, la réalisation d’entretiens etc. Son volume est estimé à 5,1% en France, ce qui implique qu’une économie atteint le plein emploi à ce niveau de chômage.

Le chômage structurel
Le chômage structurel résulte des difficultés d’ajustement du marché du travail. Ces difficultés peuvent être dues soit à l’évolution des structures démographiques, sociales et économiques (coût du travail, qualification inadaptées à la demande de travail, ou une offre géographiquement éloignée de la demande de travail), soit à l’existence d’institutions inefficaces pour ajuster l’offre et la demande de travail (réglementation du marché du travail, fiscalité, etc.).
Ce chômage est lié à la structure du marché du travail, il n’est pas ou peu réceptif à la conjoncture. En 2023, il représente 1,8% de la population active, impactant davantage les jeunes et les plus de 50 ans.

Ainsi au 3e trimestre 2021, la durée d’inscription à Pôle emploi, mesurée à partir de l’indicateur conjoncturel de durée au chômage (ICDC) s’établit à 325 jours en moyenne, soit presque un an. Cette moyenne cache par ailleurs de très fortes disparités : les plus de cinquante ans restant 577 jours inscrits à Pôle Emploi, et les individus licenciés plus de 470 jours contre 289 jours pour la fin d’un contrat d’intérim.
Le chômage conjoncturel
La demande de travail est en effet déterminée par la demande anticipée (de biens et de services), qui est la demande adressée aux entreprises et prévue par les entrepreneurs. Si les prévisions d’activités sont fortes, les entreprises vont anticiper la croissance de leur production et embaucher. A l’inverse, si les perspectives sont sombres, elles débauchent.
Ainsi, la baisse tendancielle du chômage s’est interrompue en 2020 avec le confinement, puis la reprise économique a de nouveau stimulé l’embauche et la demande de travail. A noter cependant que la baisse de 7,2% est en trompe-l’œil, de nombreux travailleurs ayant cessé de rechercher un emploi pendant les confinements (ce qui est une condition pour être comptabilisé comme chômeur).
Le sous-emploi, ou le chômage partiel
La définition du BIT exclut le chômage partiel, à savoir les personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler davantage. En 2020, 4,1 millions de salariés sont à temps partiel en France (hors Mayotte), soit 17,6 % des salariés hors apprentis.

Il est inégalement réparti selon les secteurs d’activités : neuf salariés à temps partiel sur dix travaillent dans le tertiaire, où le temps partiel concerne 20,2 % des emplois salariés, contre 6,0 % dans l’industrie et 6,2 % dans la construction. Le temps partiel est très fortement féminin, 78,9% des postes à temps partiels sont occupés par des femmes, dont 51% pour des raisons personnelles ou familiales.
Cependant, en 2020, près de quatre salariés à temps partiel sur dix le sont parce qu’ils ne peuvent pas travailler davantage alors qu’ils le souhaitent. La durée moyenne du temps partiel est de 23,6 heures.

Le temps de travail effectif de l’ensemble des personnes en emploi est donc plus pertinent pour définir un état de “sous chômage”.
Le halo du chômage
Le halo du chômage regroupe l’ensemble des personnes sans travail, qui aimeraient travailler, mais qui ne sont pas en recherche active d’emploi (garde d’enfants, éloignement de l’emploi, personnes non indemnisées ou éloignées du marché du travail, conditions de travail insatisfaisantes…) mais qui seraient susceptibles de chercher un emploi en cas d’amélioration du marché du travail.

Les inégalités face au chômage
Une inégalité peut se définir comme une différence (favorable ou défavorable) d’accès à une ressource, soit ici la question des différences d’accès à l’emploi, et à l’emploi stable.
Premier facteur d’inégalité, l’âge. En effet, les 15-24 ans peinent à entrer sur le marché du travail. Leur taux de chômage à la sortie de formation est ainsi deux fois supérieur à la moyenne, quel que soit leur niveau de qualification (47% pour les non diplômés contre 20% des non diplômés âgés de 25 à 49 ans, 10% pour les diplômés du supérieur contre 5% etc).
Par ailleurs, le niveau de formation est discriminant. Le taux de chômage en sortant de formation des non diplômés est presque cinq fois supérieur à celui des diplômés du supérieur. Dix ans après la sortie d’étude, les diplômés du supérieur sont en plein emploi quand le taux de chômage des non diplômés est supérieur de trois points à la moyenne. Le diplôme n’est pas un rempart contre le chômage, mais il réduit son exposition.

Troisième élément, le type de travail occupé. Les ouvriers non qualifiés sont six fois plus exposés au chômage que les cadres, qui sont en quasi plein emploi.
Le lieu de résidence, et le bassin d’emploi correspondant est également déterminant. Ainsi les régions françaises sont différemment impactées par le chômage, les Hauts de France, l’Occitanie et la région PACA présentent des taux de chômage points plus élevés que l’Ile de France, l’Auvergne-Rhône Alpes.


