économie commerce international et ouverture des échanges

Du commerce international vers la mondialisation


  1. Des échanges internationaux à la mondialisation des échanges
    1. Les échanges internationaux (Dix neuvième siècle)
    2. L’internationalisation de la production (1945-1980)
    3. La mondialisation contemporaine (fragmentation du processus de production et politique d’ouverture des échanges) 1980 à presque ce jour
  2. Mondialisation et progression des échanges internationaux
    1. Des économies dépendantes du commerce international
    2. Qu’échange-t-on?
      1. Le commerce des biens est majoritaire
      2. Le développement du commerce des services
    3. Une mondialisation organisée autour de trois grand pôles
    4. Au sein des pôles, un mouvement d’intégration régionale
      1. Principe
      2. Le commerce entre pays comparables (Commerce intra-branche)
  3. La mondialisation des échanges se caractérise par des chaînes de valeur mondialisées
    1. Principes de la chaîne de valeur
    2. La division internationale du processus de production
      1. La spécialisation accrue des pays
    3. Le rôle des investissements directs à l’étranger (ide)
    4. Avantages et inconvénients des IDE selon le pays
      1. Le pays d’accueil de l’IDE
      2. Pour le pays d’origine
  4. Un bilan ambivalent de la mondialisation des échanges : des gagnants et des perdants
    1. Une réduction des inégalités entre les pays
    2. Un accroissement des inégalités au sein des pays
    3. Des inégalités territoriales marquées

Le terme mondialisation (« globalization » en anglais) désigne une interconnexion croissante à l’échelle mondiale : les personnes, les institutions, les lieux et, plus généralement, les sociétés sont de plus en plus reliés par-delà les frontières nationales, du fait de l’accroissement des mouvements de capitaux financiers et de biens et services mais aussi de l’augmentation des flux de personnes et de leurs savoirs.

def insee

La mondialisation est donc un phénomène global dont le champ dépasse le simple échange de biens et de services. La mondialisation pose en effet de nombreuses questions tant sur le rôle des Etats, dont l’action souveraine est limitée par ses frontières quand les firmes multinationales opèrent sur le champ mondial, mais aussi de la régulation, de l’impact climatique, des inégalités Nord-Sud et d’une homogénéisation des modes de vie, des coopérations économiques comme de l’utilisation du commerce comme une arme diplomatique.

Des échanges internationaux à la mondialisation des échanges

Le commerce international est un phénomène ancien, il existait déjà au 19ième siècle, mais c’est dans l’après guerre que celui-ci s’est développé dans l’espoir (ou la croyance) que le développement des liens commerciaux et d’une interdépendance entre les Etats allaient limiter les risques de conflits militaires pour protéger ses intérêts économiques. Puis les années 1980 allaient poser les jalons de la mondialisation actuelle.

On peut donc distinguer trois phases

Les échanges internationaux (Dix neuvième siècle)

Les marchés ne sont plus uniquement nationaux et se diversifient. Les pays se spécialisent dans un type de production où il est relativement efficace (ou le moins inefficace), même s’il n’a aucun avantage absolu. On produit un bien sur le sol national qu’on vend ensuite à un autre pays.

L’internationalisation de la production (1945-1980)

L’internationalisation de la production après la seconde guerre mondiale. Les firmes transnationales s’implantent dans différents pays via des flux d’investissements directs à  l’étranger, pour bénéficier de coûts de production réduit, contourner des barrières tarifaires…

La mondialisation contemporaine (fragmentation du processus de production et politique d’ouverture des échanges) 1980 à presque ce jour

Le cumul des échanges internationaux et l’internationalisation aboutissent à une fragmentation de la chaîne de valeur. Le processus de production est international, fragmenté entre les pays en fonction de leurs ressources (coût de la main d’oeuvre, environnement, fiscalité, technologie, savoir faire…).

Des zones de libre échange se créent pour favoriser le commerce international entre pays.

Mondialisation et progression des échanges internationaux

Des économies dépendantes du commerce international

La progression du commerce international est ainsi fulgurante : de 1980 à 2017, le volume du commerce mondial a été multiplié par 6,8, tandis que le volume du PIB mondial a été multiplié par 3,5. Les causes sont multiples, avec d’une part la création de zones de libre échange en Europe via le marché unique en 1986, ou l’ALENA (Canda USA Mexique), mais aussi l’arrivée de la Chine en 2001, la dématérialisation des échanges, le web 2.0, le développement de firmes mondiales par une plus grande concentration des marchés…

Conséquence, la dépendance des économies au commerce international s’est accrue, en 2020, les exportations représentent 27,9 % du produit intérieur brut (PIB français) et les importations 29,9 %, alors même que la pandémie du Covid faisait rage.

Qu’échange-t-on?

Le commerce des biens est majoritaire

Le commerce international repose historiquement sur des échanges de marchandises, des biens intermédiaires (biens le plus souvent destinés à être réincorporés dans d’autres biens ou qui sont détruits par leur utilisation pour produire d’autres biens) des matières premières… On peut citer ainsi l’automobile, les microprocesseurs, l’électroménager, le textile, l’énergie, les produits agricoles et alimentaires, les avions…

Le développement du commerce des services

Les produits échangés se sont également diversifiés. Les biens manufacturés restent majoritaires, mais leur part a diminué de 5 points, de même pour les productions agricoles et ce au bénéfice des services, que ce soit les activités de banque et d’assurance, les activités de soutiens aux entreprises, la R&D, mais aussi la communication et la production/diffusion de contenus multimédias, la logistique.

Cette croissance atteint désormais un plateau, le CI varie désormais au même rythme que le PIB.

Une mondialisation organisée autour de trois grand pôles

Les échanges mondiaux, qu’ils soient vus du côté des importations ou des exportations, s’opèrent surtout entre 3 pôles principaux :

  • l’Europe (pour l’essentiel l’Union Européenne),
  • la zone asiatique
  • l’Amérique du Nord.

L’Asie montre un excédent des exportations sur les importations tandis que l’inverse se produit pour l’Amérique du Nord. L’Europe, dans son ensemble, ne connaît pas un déséquilibre aussi marqué que les deux autres pôles, même si les situations des pays divergent selon leur niveau de spécialisation.

Au sein des pôles, un mouvement d’intégration régionale

Principe

On observe un mouvement d’intégration régionale, qui consiste pour les pays d’une zone à constituer un espace économique unique. Le niveau d’intégration est variable, il peut consister en une union de libre échange, zone dans laquelle les biens circulent librement sans coordination pour les droits de douanes perçus sur les produits en provenance de pays tiers à la zone comme pour  une union douanière.

A l’opposé, l’intégration peut être globale par une coordination des politiques économiques de ces membres allant jusqu’à la mise en œuvre d’une monnaie commune. L’UE, et la zone euro, sont de loin les exemples les plus aboutis d’intégration économique.

Le développement de ces zones de libre échanges est motivé par des gains économiques. Le libre échange stimule la concurrence, ce qui aboutit à une pression à la baisse de prix et incite les acteurs à innover pour se soustraire à cette nouvelle concurrence. Le marché des entreprises augmente, ce qui est  à la réalisation d’économies d’échelle. Le consommateur bénéficie donc de produits plus élaborés et moins chers.

Cette intégration économique favorise les échanges entre membres de la même zone de libre échange, ainsi près de la moitié des échanges extérieurs de la France s’effectue à l’intérieur de l’Union européenne.

Le commerce entre pays comparables (Commerce intra-branche)

Contrairement aux théories classiques, une grande partie des échanges (environ 64 %) a donc lieu entre pays ayant des niveaux de développement similaires. Cela s’explique par la différenciation des produits :

  • Différenciation horizontale : Échange de produits similaires mais de marques ou variétés différentes (ex: Nike vs Adidas) pour satisfaire le goût de diversité des consommateurs.
  • Différenciation verticale : Échange de produits de gammes différentes (ex: la France exporte des voitures de milieu de gamme et importe des voitures allemandes haut de gamme).

La mondialisation des échanges se caractérise par des chaînes de valeur mondialisées

Principes de la chaîne de valeur

Le principe de la chaîne de valeur est de considérer  l’entreprise comme un système dynamique, dont la création de valeur repose sur l’enchaînement d’activités, étape par étape jusqu’au produit ou au service final. Chaque étape permet d’y ajouter de la valeur et donc de contribuer à l’avantage concurrentiel de l’organisation. L’identification de la chaîne de valeur passe par une étude précise des activités de l’entreprise afin de mettre en évidence les activités clés, ou stratégiques, et les activités secondaires.

La division internationale du processus de production

Les échanges internationaux ont conduit à une division internationale de cette chaîne, les composants, la localisation des différentes activités le long des chaînes de valeurs se fait en fonction des avantages comparatifs des territoires. 

La théorie des avantages comparatifs posait comme principe qu’un pays à tout intérêt à se spécialiser dans une activité dans laquelle elle possède un avantage comparatif et d’acheter à d’autres pays des biens qu’elle ne produit pas aussi bien. Son exemple était basé sur l’Angleterre, qui avait intérêt à se spécialiser dans la fabrication de lin et d’importer son vin du Portugal plutôt que de produire son vin, qui aurait été de moins bonne qualité ou à des coûts de production supérieurs. En se spécialisant, chaque économie devenait plus compétitive et les échanges internationaux permettent à chacun de profiter des bienfaits des avantages de chaque pays.

La mondialisation de la chaîne de valeur reprend cette logique, non plus sur le produit mais sur ses composantes. On ne délocalise plus un produit entier, mais des tâches spécifiques. Les activités de conception et R&D (à haute valeur ajoutée) restent souvent dans les pays développés, tandis que l’assemblage est localisé dans les pays émergents où la main-d’œuvre est abondante et peu coûteuse

La spécialisation accrue des pays

L’essor du numérique, le recul des barrières commerciales et la recherche de gains d’efficacité ont conduit les pays à se spécialiser dans les activités les plus créatrices de valeur et à délocaliser les autres. Chaque étape du processus de production offre une possibilité de valeur ajoutée différente

Schématiquement, cette division répartit les activités d’encadrement et de conception dans les métropoles des pays à hauts revenus, l’extraction des ressources, les fonctions de production et le conditionnement dans les économies émergentes ou en développement, et les fonctions de commercialisation dans les foyers de consommation, représentée par la courbe du sourire. 

Par exemple, un Iphone est un bien conçu aux USA , nécessite des matières premières rares issues des quatre coins du globe, mobilise des technologies fabriquées en Europe, Asie ou USA (processeurs, carte, lentilles, écran…) pour être assemblés en Asie avant d’être acheminés auprès du consommateur.

Sa production aura mobilisé des services d’ingénieries et de logistique. Ensuite, vous allez utiliser des services via le téléchargement d’une application, par exemple un jeu, conçue elle aussi par différents studios non nationaux, et vous effectuerez peut être des achats intégrés via un paiement en ligne avant de converser via Snapchat, qui héberge vos messages et vos snap.

Ci-dessous, on constate qu’Apple conserve les principaux éléments de la chaîne de valeur ne serait-ce que sur la vente du produit. A cela, s’ajoute ensuite les commissions de l’App Store et de ses différents services (Apple Pay etc)

Le rôle des investissements directs à l’étranger (ide)

Les investissements directs à l’étranger (IDE) correspondent aux  opérations par lesquelles une entreprise procède à la création d’une entité dans un autre pays, au rachat ou la prise de participation dans le capital d’une entreprises d’un autre pays dans le but d’en exercer le contrôle.

Ainsi la création d’une filiale dans un pays tiers sera considéré comme un IDE, ou une prise de participation d’au moins de 10%, ou un rachat comme celui de Skoda par WV ou celui de Dacia par Renault. Les exemples sont nombreux, comme ci-dessous l’IDE de Tesla avec sa gigafactory.

Les IDE sont le moyen pour les firmes d’internationaliser leur processus de production. Les motivations des entreprises sont alors

  • la recherche de coûts de production unitaires plus faibles 
  • la recherche de nouveaux débouchés commerciaux
  • un climat d’affaire porteur (fiscalité, infrastructures, sécurité juridique etc)

Les IDE ont logiquement connu une forte croissance ces dernières années, accompagnant et nourrissant l’essor du commerce international. En France, en 2019, les firmes multinationales françaises (hors secteur bancaire et services non marchands) contrôlent 48 200 filiales à l’étranger dans plus de 190 pays, pour 6,8 millions de salariés (soit 56% de leur effectif). A l’inverse, la France est aussi une terre d’accueil des IDE, pour un total de 2,2 millions de salariés en 2017, principalement dans des entreprises de taille intermédiaires.

Avantages et inconvénients des IDE selon le pays

Le pays d’accueil de l’IDE

Pour les pays d’accueil, un IDE est un facteur de croissance, caractérisé par des investissements, de l’embauche, mais aussi de transferts technologiques : les investisseurs étrangers amènent avec eux de nouveaux procédés de production innovants, des méthodes d’organisation qui ont fait leurs preuve et des savoir-faire qui se diffusent ensuite dans le reste du pays

Pour le pays d’origine

Pour les pays d’origine, un IDE est plus ambivalent. L’IDE peut être un levier de croissance par davantage d’exportations, et d’échanges internationaux, mais aussi une perte d’emplois et de richesse si cet IDE se traduit par une délocalisation d’activités du sol d’origine vers le pays d’accueil, ou si l’investissement aurait pu être réalisé sur le sol national.

Un bilan ambivalent de la mondialisation des échanges : des gagnants et des perdants

Une réduction des inégalités entre les pays

La fragmentation des processus de production permet aux pays en développement de s’insérer plus facilement dans le commerce mondial en se spécialisant sur des tâches spécifiques (souvent l’assemblage) plutôt que sur un produit entier.

  • Effet de rattrapage : Cette insertion stimule une croissance économique rapide dans les pays émergents (comme la Chine ou l’Inde), réduisant ainsi l’écart de niveau de vie avec les pays développés.
  • Transferts de technologies : Les investissements directs à l’étranger (IDE) qui accompagnent cette fragmentation apportent des capitaux, des nouveaux procédés de production et des savoir-faire qui se diffusent dans l’économie locale.

Un accroissement des inégalités au sein des pays

Si les pays se rapprochent globalement, les écarts de revenus s’accentuent à l’intérieur de chaque économie nationale.

  • Dans les pays développés : La fragmentation entraîne une polarisation de la demande de travail. Les tâches de conception et de R&D, intensives en travail qualifié, restent dans ces pays, ce qui fait augmenter les hauts salaires. À l’inverse, les tâches de production peu qualifiées sont délocalisées, ce qui réduit la demande pour les travailleurs moins diplômés et pèse sur leurs revenus, creusant ainsi l’écart de rémunération.
  • Dans les pays en développement : Les inégalités augmentent également car les travailleurs employés dans les secteurs exportateurs ou les filiales de multinationales bénéficient de salaires plus élevés que ceux restés dans les secteurs traditionnels ou informels.

Des inégalités territoriales marquées

La fragmentation de la production favorise la concentration de l’activité économique dans les grandes métropoles et les zones les mieux connectées aux réseaux mondiaux. Cela crée un décrochage avec les territoires plus isolés qui ne bénéficient pas de l’attractivité nécessaire pour attirer les IDE ou les activités à haute valeur ajoutée.

Bénéficiaires de l’ouvertureRaison économique
ConsommateursGain de pouvoir d’achat grâce aux importations à bas prix et des produits diversifiés.
Pays en développementRéduction massive de l’extrême pauvreté (2 milliards en 1989 contre 736 millions en 2015).
Travailleurs qualifiés (Nord)Forte hausse de la demande et des salaires pour les hautes compétences (R&D, cadres).
Perdants de l’ouvertureRaison économique
Travailleurs non qualifiés (Nord)Concurrence directe avec les bas salaires du Sud, entraînant pression salariale ou chômage.
Secteurs déclinantsFaillites des industries sans avantage comparatif (ex: textile bas de gamme en Europe).
EnvironnementCoûts écologiques du transport et risques de dumping environnemental.