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Le grand oral

Le grand oral est d’abord un exercice de communication. Nous communiquons tout le temps, depuis notre naissance. Mais cette expérience de communication est plus complexe qu’il n’y parait.

LA COMMUNICATION EST UN PROCESSUS

Communiquer c’est mettre en commun, une idée, une information, une attitude. 

La communication nécessite l’intervention de six éléments :

  1. une source ou un émetteur (vous)
  2. un message (le travail que vous avez réalisé en amont de votre oral)
  3. un destinataire ou un récepteur (ici votre jury)
  4. un vecteur, un support, un canal par lequel le message sera acheminé de l’émetteur au récepteur (ici l’oral)
  5. un code : le message devant être traduit en un certain nombre de signifiants connus par convention et facilement interprétables et donc décodables par le récepteur (vous allez donc adapter votre registre, votre attitude et votre vocabulaire à un jury d’examen)
  6. un effet retour ou feedback qui « boucle » le système et qui permet au récepteur de répondre au message. Le feedback prévoit une réaction de la cible. Si cette réaction va dans le sens recherché par l’émetteur, la communication a atteint son objectif.

LES OBJECTIFS DE LA COMMUNICATION

La communication va chercher à influencer, simultanément ou non, trois éléments.

  • la notoriété d’une idée, information, valeurs ou concept (le fruit de vos travaux sur les questions développées dans le grand oral
  • l’adhésion à votre analyse, votre démarche de travail
  • le comportement, faire agir le destinataire de l’information dans la direction souhaitée (stimuler l’échange, encourager la discussion, obtenir une excellente note…)

Pour atteindre ces objectifs, vous allez donc diffuser un message, mais ce simple message ne suffira pas à atteindre vos objectifs affectifs et conatifs. Il va vous falloir maîtriser les techniques de la communication orale.

Il va vous falloir donc être engagé dans votre propos, tout en conservant une distance face à votre jury car cette distance est une preuve du respect de son statut et de sa compétence, tout en faisant tomber les différentes barrières propres à ce genre d’exercice pour permettre une INTERACTION (le feedback).

LA FORME ET LE FOND

Le fond

Vous allez faire appel à une stratégie d’influence basée sur l’appel à l’argumentation logique : l’acteur qui influence va s’appuyer sur des preuves, des illustrations. Cette stratégie permet un débat raisonné, car elle s’appuie sur un raisonnement argumenté et illustré. Argumenter, c’est donner à l’auditoire de bonnes raisons pour qu’il adhère à une opinion. L’objectif de l’argumentation est de convaincre sans chercher à manipuler.

Il existe différents  types d’arguments :

  • l’argument d’autorité, qui fait référence à une autorité reconnue par l’auditoire pour sa compétence et/ou son expérience ;
  • l’argument de communauté, qui repose sur des valeurs partagées par l’interlocuteur, ou des opinions communément admises ;
  • l’argument de cadrage, qui présente le problème sous un éclairage différent ;
  • l’argument d’analogie, permettant d’établir une correspondance ou une opposition entre deux situations. Il utilise souvent l’exemple.

La préparation de votre oral passe donc par une analyse structurée, argumentée, illustrée des problématiques que vous avez choisie. C’est le préalable indispensable à la réalisation de vos objectifs. Désormais, il vous faut vous pencher sur la forme.

La forme

L’importance de la communication non verbale

On envoie et on reçoit en permanence des signes non verbaux qui transitent par des expressions du visage, des gestes et postures, le ton de notre voix, l’habillement, la coiffure, le maquillage, l’odeur, les silences. Ce langage non verbal permet la communication entre personnes de langues différentes : le rire et l’expression de la douleur sont les expressions non verbales les plus universelles. 

Le chercheur américain Mehrabian a évalué l’équation du comportement verbal/non verbal. Même si ces résultats sont discutables et restent à relativiser, ils illustrent le poids du paralangage sur la communication.

  • 7 % de la communication est verbale (via les mots)
  • 38 % de la communication est vocale (intonation et son de la voix)
  • 55 % de la communication est visuelle (expressions du visage et du langage corporel)

Cette vidéo résume l’importance de la communication non verbale: l’intervenant n’a rien à dire, mais vous garde en haleine cinq minutes, par la maîtrise des codes de l’exercice. 

Tout le travail préparatoire de votre oral est déterminant, mais la manière dont vous allez présenter votre réflexion est donc aussi déterminante. Vous devez stimuler votre auditoire, et non pas l’endormir. C’est ici que va jouer la communication non verbale, avec la modulation de votre voix, une gestuelle adaptée, la gestion de votre souffle et donc l’utilisation des silences. Vous avez sûrement déjà eu un professeur passionnant sur le fond mais dont le débit monotone vous poussait inexorablement vers l’ennui ou l’endormissement.

L’oral doit être vivant, il doit associer votre auditoire. La forme est aussi importante que le fond. 

LE TON/LA VOIX. 

Tout est question ici de modulation et de puissance. 

La force

Pour être entendu, compris, il faut qu’on vous entende bien évidemment, mais aussi que l’intensité de votre voix soit adaptée au contexte : pourquoi crier si vos deux interlocuteurs sont à un mètre de vous? Ces derniers se sentiront mécaniquement agressés et vous perdrez votre attention.

L’idée est ici d’identifier la force de votre voix :  

  • Avez vous du coffre ou votre voix est-elle ténue, 
  • Votre voix est-elle grave, aigue? 

En fonction du type de votre voix, vous allez devoir adapter sa force à votre auditoire. Et pour cela, il va falloir maîtriser votre respiration. En effet, l’air est le “carburant” de la voix, et donc votre respiration détermine le volume d’air disponible pour amplifier ou pas votre voix. Il ne s’agit pas de demander à vos cordes vocales de faire le travail de vos poumons. 

La gestion du souffle et de la respiration sont donc déterminants. Quelqu’un qui est essoufflé ne sera pas audible par un public. Porter sa voix est quelque part une gymnastique qui implique tout votre corps, et qui implique des temps de respiration, qui se concrétiseront par des silences.

Le silence est donc nécessaire pour respirer et porter sa voix, mais il a aussi d’autres avantages comme celui de marquer votre propos et de ménager l’attention de  votre auditoire en lui accordant une pause.

Le souffle vient de l’abdomen, il vous faut donc faciliter la circulation de l’air. 

Pour ce faire, le corps doit être en posture, bien ancré au sol, les pieds alignés avec les épaules et le dos bien droit, de telle manière à former une colonne d’air où l’oxygène circule aisément entre la bouche, le nez, les poumons et le ventre. Attention cependant, ce n’est pas parce que vous êtes en posture que vous devez rester immobile, et ici joue la gestuelle.

Attention à la gestion du stress ! Le stress est une émotion, à savoir une réaction rapide, temporaire, involontaire, liée à un événement/stimuli externe à l’individu. Elle peut se manifester par divers troubles physiologiques ou mentaux plus ou moins visibles (rougeurs, tremblements, oublis, mains moites, chevrotement de la voix…). Le stress est ici de la peur, qui se manifeste face à la perception d’un danger (réel ou non). Les manifestations corporelles de cette émotion sont un raidissement du corps, des tremblements,  une accélération cardiaque, une réduction de l’afflux sanguin qui entraîne une décoloration de la peau (le teint devient livide, blafard d’où les expressions être blanc comme un linge, vert de peur…). Et donc moins de souffle.

Moduler 

La maîtrise de son souffle va vous permettre un élément essentiel : varier l’intensité de votre voix (le volume de sa voix). La modulation de votre voix va vous permettre de marquer le propos, la fin d’une phrase et de stimuler l’attention de votre auditeur. Par exemple, baisser légèrement la voix pour marquer la fin d’une phrase, ou encore accentuer sa voix pour annoncer une idée ou un argument clé.

Le silence

Le silence est un élément incontournable de votre oral. L’utilisation d’un silence va vous permettre de réguler votre respiration d’une part, mais aussi d’inspirer pour ne pas vous interrompre au milieu d’une phrase ou d’une idée, et aussi ponctuer votre propos. 

Un silence vous permet ainsi, lorsque vous présentez une idée clé, un argument choc, de le laisser s’imprégner dans l’esprit de votre auditeur. De même, un silence vous permet de rendre compréhensible, perceptible une transition, l’attaque de votre deuxième partie, comme lorsque vous sautez une ligne à l’écrit pour rédiger un nouveau paragraphe.

Le silence à l’oral est la virgule ou le point à l’écrit.

Le silence n’est pas facile à utiliser, il est souvent associé à une situation de gêne. On ne partage que des silences avec nos proches dans nos cultures occidentales. Mais il est nécessaire, sa durée doit être suffisante, mais pas trop. En effet un silence trop prolongé pourrait faire croire à votre jury que vous avez terminé, ou encore que vous cherchez vos mots. Pour maîtriser le silence, il vous faut donc : PRATIQUER.

Le silence est à utiliser comme en musique, il ne doit pas hacher le propos. Il va vous permettre aussi de prendre le temps, de ralentir, pour ainsi mieux articuler. Et ainsi être plus compréhensible.

LE CORPS

C’est votre outil, il va falloir le maîtriser. Vous êtes tous différents, certains débordent d’énergie, d’autres moins, à vous d’adapter cette énergie pour cet exercice de l’oral (la canaliser pour les hyperactifs ou la stimuler pour les personnes plus placides)

Engager son corps c’est accepter de le mettre en avant, mais aussi le maîtriser. Et cela passe par la gestion de ses  émotions. Les  émotions se manifestent par des expressions faciales, gestuelles, posturales ou vocales qui communiquent aux autres ce que nous ressentons. Par exemple, en cas de désaccord, vous froncerez les sourcils, vous allez croiser les bras, vous appuyez au dossier de votre chaise etc.

Contrôler son corps

Contrôler son corps passe par la suppression (ou du moins l’atténuation) de certains réflexes ou postures.

Les gestes parasites 

Il s’agit ici de mouvements répétitifs : se passer la main dans les cheveux, jouer avec ses lunettes, se frotter le nez ou les mains, faire craquer ses jointures, passer d’un pied à l’autre

Les gestes automatiques

Ils sont souvent liés à des émotions: le plus souvent des gestes de replis ou des gestes barrières : ils sont dirigés vers soi ou en « auto-contact ». Il s’agit ici des bras repliés, des poings fermés, se frotter le nez suite à une question, se frotter le menton, se passer la main sur le front…

Adopter une gestuelle appropriée

La gestuelle doit être appropriée aux objectifs de votre oral : à savoir accompagner le propos, retenir l’attention sans que cette gestuelle ne la parasite. 

Occuper l’espace 

Occuper l’espace consiste à ne pas rester statique. C’est un oral, vous avez le droit de bouger. Ne conservez pas les mains derrières le dos, encore moins dans vos poches

Utiliser une gestuelle ouverte

Adopter une gestuelle ouverte peut se traduire par le fait de se positionner les bras ouverts avec les paumes tournées vers votre interlocuteur en signe de sincérité. De plus, décoller les coudes du corps permet de renforcer l’amplitude des gestes.

Ce geste peut être 

  • Rond : il symbolise une prise en charge et de souplesse.
  • Sec ou saccadé : il transmet alors signe de fermeté ou d’assurance.

Attention à la hauteur de votre geste, il doit être haut, c’est-à-dire au-dessus du coude. En dessous du coude, il révèle un manque d’assurance, ou qui exprime l’impuissance  « je n’y peux rien », il exprime l’impuissance.

Répondez aux questions avec le sourire

Votre oral se termine par un échange. Il s’agit bien d’un échange, pas d’une scéance de torture. Votre interlocuteur va vous poser des questions, pour avoir un éclaircissement, pour vérifier votre analyse ou votre compréhension/maîtrise de votre sujet. Vous avez peut être omis des éléments importants, votre présentation a sûrement une faiblesse. Soyez disponible et ouvert, la coopération, la réactivité dont vous ferez preuve sont déterminantes pour l’évaluateur. Si vous ne comprenez pas la question qui est posée, ou que le sens vous paraît obscur, n’hésitez pas à demander à votre interlocuteur de la reformuler. Evitez impérativement le “Je n’ai pas compris”, qui peut être interprété comme un “je ne sais pas”. La même question posée différemment vous aidera à comprendre les attendus. Et gardez le sourire.

VOTRE HABILLEMENT EST AUSSI DE LA COMMUNICATION

Soignez votre look, si vous êtes adepte des pantalons molletonnés ou des capuches,  prenez une tenue plus neutre. C’est aussi un élément de communication, par lequel vous indiquez votre implication et votre sérieux.

Un candidat en short et tong aura plus de mal à convaincre de son tempérament travailleur dans une épreuve du baccalauréat. Soigner son look va jouer aussi sur la perception de vous-même et vous permettre de vous sentir plus confiant. Et ce sont des chercheurs en management qui le disent.